Pierre Nora vist per Steven Englund

Il est rare qu’une figure publique pèse autant que sa valeur réelle, mais c’est le cas avec Pierre Nora. Ce que le lecteur retient de ses nouveaux livres – tous deux collection d’écrits antérieurs -, c’est que l’historien n’est pas réductible à son pedigree. Son rôle éditorial chez Gallimard, ses liens avec l’establishment intellectuel français, la fondation de la revue Le Débat… ne sont pas l’essentiel. Même son rôle de “sourcier de l’identité nationale”, qui est devenu un titre de gloire ou un épouvantail selon les points de vue, n’est plus central, comme je le croyais à la publication des Lieux de mémoire il y a vingt ans – raison pour laquelle je l’avais critiqué à l’époque.

Ayant mûri ma réflexion depuis, et à l’occasion de ces nouveaux livres, je dirais que l’essentiel est que Pierre Nora a réussi son pari : il a changé la manière dont on écrit l’histoire. En tant que maître d’oeuvre, du moins, il a joué le rôle d’un Lord Acton français : la gloire de cet homme qui a peu mais bien écrit, tout comme Nora, se résume à la direction de la Cambridge Modern History, un sommet de savoir universitaire britannique publié au tournant du XXe siècle, à peu près au même moment que le “Grand Lavisse”, ce sommet de savoir universitaire français dont le maître d’oeuvre, Ernest Lavisse, grand historien “national” de la IIIe République, est d’ailleurs fréquemment comparé à Pierre Nora.

Pourtant, faire de Nora un Lavisse ressuscité n’est pas mon propos. Ce qui ressort clairement de ces deux ouvrages, c’est qu’il ne se résume pas, ou plus, au deuil d’un temps et d’une France révolus, même si ce sentiment se trouve sans doute à l’origine de son oeuvre. Ce que certains de ses critiques, comme l’historien britannique Perry Anderson ou moi-même, n’ont pas discerné assez clairement, c’est qu’il n’est pas un serviteur de la “nation”, mais de la discipline historique. Il est en vérité le Ludwig Feuerbach de la religion de la “nation”. Comme le philosophe allemand (1804-1872) pensait que les hommes façonnent Dieu à leur image, il a compris qu’il n’y a pas de vérité suprême, mais juste des objets (les mémoires, ou les lieux de mémoire) que créent les chercheurs.

Au début d’Historien public, Pierre Nora retranscrit une pensée qui lui est venue pendant un cours de khâgne du philosophe Etienne Borne au lycée parisien Louis-le-Grand : “Le Philosophe est donc l’interprète d’une vérité qui se dérobe – qui se “dérobe”, dirait-on volontiers, au sens où elle échappe comme au sens où elle se dévoile. Il n’y a pas de vérité philosophique, mais une interprétation philosophique de toutes les vérités qui ne sont vraies que par rapport à cette interprétation. La philosophie comme savoir total, qui serait située entre, par exemple, la science et la religion, est une mystification.” Ici se trouve la clé du grand apport à l’histoire que donnera Pierre Nora : avec d’autres, il a contribué à remettre en question l’enseignement positiviste, qui réduit l’histoire au pur déroulement des événements. Pour lui, quel que soit le sujet, l’histoire peut affronter des vérités (des mémoires) divergentes.

On l’imagine en maître d’oeuvre des Lieux de mémoire, téléphonant depuis son bureau chez Gallimard et essayant de faire comprendre ce qu’il veut à ses collaborateurs : “Cher collègue médiéviste, accepteriez-vous de me ciseler un essai sur “Reims, ville du sacre” dans lequel vous feriez tout sauf traiter le sujet au premier degré ? Rendez-moi un texte qui reprenne toutes les versions classiques, toutes les sources médiévales qui ont donné leur chronique sur le sacre.” Ou encore : “Cher ami philosophe, débrouillez-vous, écrivez-moi un texte sur Augustin Thierry et la création de l’identité française, dans lequel on ne pourrait pas deviner qui de vous deux parle”…

Bien sûr, ce ne fut pas toujours simple. Parmi les collaborateurs des Lieux de mémoire, quelques-uns étaient des “historiens patriotes”, pour qui il était difficile d’être sinon sceptiques, du moins “épistémologiquement souples” devant la notion “sacrée” de l’identité française comme devant toute tradition ou toute vérité. Figurez-vous l’historien qui a lutté durant toute sa carrière pour extraire sa “vérité” des archives ; pour lui, la démarche de Pierre Nora n’a rien d’évident. Comment ? Il lui faudrait maintenant prendre de la distance, regarder tous les reflets dans le miroir et accepter de n’en désigner aucun comme le bon ? Allez demander à Patrick Dupond de danser le Lac des cygnes après avoir lâché sa technique ! Pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit. Et sur des sujets aussi divers que le Louvre, la Marseillaise, les fêtes ou le Panthéon.

Aucun doute, cette “nouvelle histoire”-là, c’est de l’histoire pour adulte – adulte expérimenté parce que vivant dans un âge tardif du monde. C’est pourquoi j’avais comparé les Lieux de mémoires au tableau de Marcel Duchamp, Nu descendant l’escalier, qui a changé l’art pour toujours : le lecteur rencontre des vues d’un “tout” sans éprouver la satisfaction d’avoir tout compris. C’est l’une des choses les plus neuves qui soit arrivée à la discipline depuis Ranke, le père allemand de l’histoire scientifique. Bien sûr, écrire tous les livres selon cette méthode serait absurde, mais en ignorer la possibilité, ce serait rester aveugle et diminué.

Plus proche d’un Renan que d’un Lavisse, Pierre Nora possède l’ironie habile du premier, mais aussi une plus grande capacité à supporter l’ambiguïté. Le philosophe et historien Ernest Renan, qui a écrit la conférence la plus célèbre du XIXe siècle, Qu’est-ce qu’une nation ?, aimait trancher là où souvent Nora reste dans ce que le poète John Keats appelait la “capacité négative”, le pouvoir de résister au jugement hâtif. Au moins comme éditeur, sinon toujours en tant qu’intellectuel engagé dans le débat public.

Le “grand Lavisse”, malgré la récente réédition (avec, bien entendu, une préface de Pierre Nora), a été emporté par le vent, scientifiquement parlant. La France qui l’a engendré, à qui il pouvait “parler”, n’est plus depuis longtemps. En revanche, ce qui est acquis pour toujours, c’est que la méthode des Lieux de mémoire ne suppose en rien l’existence en vrai d’une “nation France”. Elle contient en elle ses propres possibilités de dépassement, comme le prouvent son exportation et son adaptation à d’autres cadres nationaux : ainsi les Italiens comme les Allemands et les Néerlandais ont-ils revisité leur passé et leur mémoire à travers ce prisme si novateur.

Comentari publicat incialment a Le Monde.fr, Livres
Historien Public, de Pierre Nora. Gallimard, 538 p., 23,50 €.
Présent, Nation, MémoireGallimard, “Bibliothèque des histoires”, 420 p., 25 €.

Els historiadors i el nacionalisme

La historiadora hongaresa Monika Baár, professora a la Universitat de Groningen (Holanda), el 2010 va publicar aquest interessant estudi sobre la relació entre la historiografia romàntica i la construcció del nacionalisme a l’Europa de l’est durant el segle XIX. Hi fa una anàlisi compara de la vida i l’obra de cinc destacats historiadors orientals que, com ella mateixa diu, han estat pràcticament absents del cànon de la historiografia europea. No és l’únic cas, perquè això mateix es podria aplicar a totes les historiografies que no han accedit al mercat global mitjançant una bona política de traduccions. Baár, doncs, tracta de restablir l’equilibri perdut i ens presenta cinc historiadors europeus orientals: Joachim Lelewel (Polònia, 1786-1861); Simonas Daukantas (Lituània, 1793-1864); Frantisek Palacký (República Txeca, 1798-1876); Mihály Horváth (Hongria, 1804-78) i Mihail Kogalniceanu (Romania, 1818-91). A partir de comparar els esforços d’aquests historiadors per promoure una visió unificada de la respectiva cultura nacional, Baár exposa les estratègies de cadacú per contribuir-hi. Basant-se en documents prèviament traduïts a l’anglès, Baár reconstrueix el rerefons intel·lectual comú i quins eren els seus objectius nacionalistes. L’obra vol demostrar que els historiadors del que a partir del 1945 es va convertir en la perifèria europea , en canvi al segle XIX havien fet contribucions significatives a la historiografia continental, fins al punt de ser tant o més determinants que les contribucions dels historiadors  de l’Europa occidental i central.

Aquí teniu l’índex del llibre: Introduction
;1: Five Biographical Profiles; 2: Romantic Historiography in the Service of Nation-building; 3: Institutionalization and Professionalization; 4: Intellectual Background; 5: Language as Medium, Language as Message; 6: National Antiquities; 7: Feudalism; 8: The Golden Age; 9: Perceptions of others and attitudes to European civilization; Conclusion; Bibliography.

Referència: Historians and Nationalism. Esat-Central Europe in the Nineteenth Century, Oxforf University Press, Oxford: 2010, 340 pp.

>Novetat editorial: Federalism beyond federations

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Federalism beyond Federations

Publicat per Ashgate aquest llibre editat per F. Requejo i K.J. Nagel analitza l’evolució dels diferents models de descentralització i federalisme europeus, amb la intenció de contrastar fins a quin punt es pot parlar de l’existència de processos de resimetrització i recentralització, això és, d’intents per part dels governs centrals de limitar l’abast de la distribució territorial del poder. El llibre inclou capítols sobre diversos casos europeus com Gran Bretanya, Espanya, França o Ucraïna. Podeu accedir a l’index d’autors i de capítols en aquest enllaç.

>"Technology and Nationalism", de Marco Adria

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La relació entre les noves tecnologies com internet i les comunicacions mòbils és un àmbit encara poc explorat des de les teories del nacionalisme. En aquest llibre, el professor de comunicació i tecnologia a la Universitat d’Alberta, analitza com les noves tecnologies juguen un paper important com a mecanisme d’adhesió nacional i regional per part dels ciutadans. El llibre se centra en el cas canadenc i prèn com a punt de partida teòric els treballs de M. McLuhan sobre la influència de la tecnologia a la societat.